Semaines 18-19 : NEPAL, Trek au camp de base de l’Annapurna

Tout le monde qu’on a croisé et à qui on a dit qu’on allait au Népal nous ont demandé si on allait faire un trek. Apparemment, c’est la norme, on n’avait pas le choix. En même temps, ça serait con de passer à côté de telles beautés de la nature.

 

Tom et moi étions donc partants pour un trek, mais lequel ?

Avec un Népalais tenant une agence de treking rencontré à l’aéroport (oui oui, nous nous sommes fait racoler, n’ayons pas peur des mots.), nous regardons ce qu’il est possible de faire avec notre budget limité. On nous montre quelques parcours qui ont l’air sympa, mais rien de fou. On demande par curiosité à quoi ressemble le tracé pour aller au camp de base de l’Annapurna, ou ABC pour les initiés, et combien ça nous coûterait. Réponse, un petit bras.

 

Assis au soleil avec une bière, Tom et moi réfléchissons à la suite du programme. Certes les petites randos qu’on nous montre ont l’air très sympa, mais il manque quelque chose. Il manque cette envie d’aller chercher quelque chose, il manque un défi. Et depuis que nous avons demandé des infos sur l’ABC, ce nom trotte dans notre tête. En quelque sorte, notre décision est déjà prise mais nous ne le savons pas encore. Car oui, l’Annapurna, ça claque comme nom. Pour moi ça représente une de ces montagnes lointaines, dangereuses, inaccessibles. Allez là-bas, c’est pouvoir m’imaginer les premières expéditions qui ont tenté de gravir ce sommet. Ça a un gout d’aventure et ça me plaît.

Décision sera prise de faire entorse au budget et d’aller chatouiller les pieds du huitième plus haut sommet du monde.

 

Nous rencontrons notre guide, Harry, 23 ans, un gars qui a l’air bien sympa (tant mieux, on va passer douze jours avec lui, il manquerait plus que ce soit un connard fini). Etant donné que nous avons réservé notre trek depuis Katmandou, nous devons prendre le car pour aller à Pokhara. Pourquoi pas, Harry n’avait pas l’air tellement chaud de faire du stop, et ça nous permet d’observer les habitudes de conduite des Népalais. Au début du trajet il y a assez de place pour tout le monde, mais on se rend vite compte que les cars ici ne sont pas directs et s’arrêtent très régulièrement pour prendre des passagers, et pas que… Sans vouloir faire de cliché, je dirais que le Népalais ne voyage pas sans son sac de riz, voire sa/ses poules. Les marchandises s’entassent dans l’allée centrale et sur le toit. Il y a de tout, et des poussins dans des boîtes en carton sont stockés dans les racks à bagages au-dessus de nos têtes. Les personnes elles aussi s’entassent, car la place n’est pas un problème, il faut que tout le monde puisse rentrer (qui plus est avec son riz et sa poule). Aidée par la promiscuité, une vieille se « cale » avec son bras entre mes cuisses. Petit sourire charmeur. Ah, je crois que j’ai une touche…

Au moins, on peut constater que, chargé ou pas, le conducteur conduit comme un pied. Enfin, il a l’air habitué à ces coups de volant, ces coups de klaxons incessants et surtout à ces dépassements sans visibilité. Leçon numéro 1, il va falloir faire gaffe sur la route dans ce pays !

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Arrivé à Nayapool, notre trek commence enfin. Heureux, nous savons que nous partons pour une dizaine de jours de marche, et que cela va nous faire le plus grand bien.

 

Une première journée sans difficulté, somme toute assez courte. Au lodge où nous nous arrêterons pour la nuit, nous serons les seuls trekkeurs. C’est la basse saison, et peu de gens viennent treker durant la pré-mousson. Tant mieux pour nous, ça fera moins de touristes ! Cette première soirée nous permettra de mieux faire connaissance avec notre guide, Harry.

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Jour 2, ça grimpe dur ! On commence la journée par 3000 marches. On constate également que les locaux sont surentrainés. Alors qu’on en chie avec nos sacs qu’on a allégés au max, eux grimpent les marches en tongs avec un sac de riz sur le dos. C’est culturel vous dis-je…

Bien que nous marchions pas mal durant notre voyage, nous sommes peu habitués à monter/ descendre de la sorte, mais nos corps s’adaptent.

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Le soir à l’arrivée, je m’installe dans le réfectoire de l’auberge, devant ce qui est normalement une vue superbe, mais là, il fait gris et nuageux. Alors que j’écris mon journal, le vent pousse les nuages un peu plus loin. C’est là que je l’aperçois au loin pour la première fois, l’Annapurna sud. Dans un coin de ciel bleu, il est magnifique et surplombe tout. L’envie d’en voir plus est bien présente.

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Le lendemain, réveil à 5h30. En effet, nous souhaitons voir le lever de soleil depuis Poonhill. Avec les montagnes en arrière fond, c’est sensé être une super expérience. Malheureusement pour nous, la brume est également au rendez-vous et nous ne verrons pas grand chose. Au moins, on est levés tôt pour commencer la journée ! Une assiette de riz plus tard en guise de petit-déj, nous revoilà partis sur les chemins.

 

Harry nous prévient qu’aujourd’hui, nous allons passer une partie de la journée dans la jungle. Parfait ! Je me demande à quoi ça va ressembler. J’imagine un peu la jungle de la forêt amazonienne, mais en fait c’est plus soft. Au détour d’une colline, nous voyons des branches bouger. Quelques singes sont là, tranquillous dans les arbres. Tout est calme et nous pouvons bien les observer.

 

On ne sait pourquoi, nous avons hérité d’un compagnon de route. Nous avons croisé la route d’un chien et celui-ci avance avec nous. Quand on s’arrête, il s’arrête, et quand on repart, il prend la suite d’un premier du groupe. Il nous suivra ainsi pendant plus de deux heures. Apparemment, d’après notre guide, ces chiens appartiennent à tout le monde et à personne. Des animaux de compagnies en relation libre quoi.

 

Comme dit précédemment, c’est la période de la pré-mousson. Donc il ne pleut pas comme pendant la mousson, mais il pleut quand même, et ce jour-là, il pleut beaucoup. On sort les vêtements de pluie et protège-sacs, mais ce n’est pas l’eau qui nous dérange le plus, ce sont les sangsues. Avec l’humidité, elles sont tout heureuses et adorent s’agripper à vos chaussures et les remonter pour accéder à la première partie de peau nue possible. C’est génial. Toutes les deux minutes, on vérifie nos chaussures et on en vire quelques-unes. Malheureusement pour Tom et ses trous dans ses chaussures, il en fera les frais…

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Nous arrivons à destination pile quand la pluie s’arrête. C’était juste pour nous rafraîchir durant l’effort. Mais cela ne nous dérange pas plus que ça car désormais le ciel est dégagé et le lodge où nous restons bénéficie d’une superbe vue. Juste le temps d’étendre les vêtements, de prendre une douche et nous voilà au soleil, profitant de la vue sous les drapeaux de prière que nous croisons si souvent ici.

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Chemin faisant durant la journée suivante, nous croisons un gamin d’environ 8 ans. Harry notre guide commence à discuter avec lui. Nous ne comprenons pas mais nous remarquons l’objet que l’enfant tient dans la main. Il rentre de l’école et ce qu’il tient est une sarbacane à air comprimé (oui oui, comme les nôtres avec les effaceurs). Cet objet est donc internationalement connu dans les écoles ! Sauf que la sienne est différente des nôtres ; elle est fabriquée avec du bambou, et ses projectiles sont des graines. Et on peut vous dire que ça marche pas mal son truc ! Souvenir d’enfance…

Après l’avoir laissé, Harry nous dit que cet enfant doit marcher pendant 2h pour aller à l’école. Cela fait donc 4h de marche dans ces escaliers. Là, on se met à s’imaginer marcher 4h pour aller faire des dictées et des additions. Chaud, mais au moins le gamin doit être motivé pour taffer !

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Cette journée fut l’une des plus longues pour nous, mais nous sommes passés à une altitude supérieure et la végétation ici est belle à regarder. Partout autour de nous nous pouvons voir des chutes d’eau, des torrents : ça en jette.

 

Le soir venu, nous craquons pour une bière. Comme d’hab vous nous direz mais pourtant non, car la bière est chère ici ! En effet, il n’y a pas de route pour relier ces différents villages, et toutes les marchandises sont apportées à dos de cheval ou à dos d’homme à partir d’une certaine altitude. Plusieurs fois, nous avons vu marqué dans les lodges de ne pas négocier les prix car ils sont fixés « en fonction de la distance et de la transpiration ». Et en effet, je n’aimerais pas apporter une caisse de bière jusqu’ici.

Mais ce soir c’est différent, nous sommes sur une terrasse avec une vue magnifique, et on a envie d’en profiter.

Et on en profitera bien d’ailleurs. C’est ce soir-là que nous rencontrerons des compagnons de voyage. En effet, le chemin sur lequel nous sommes ne va qu’à l’ABC et tous les trekkeurs soit montent soit descendent. Ayant plus ou moins le même rythme, nous retrouverons ces personnes une ou plusieurs fois pour le reste du trek.

C’est également ce soir-là que nous goûterons le « vin népalais », fait à partir d’une matière végétale dont on n’a pas réussi à retenir le nom en népalais, mais qui a le goût d’une gniole coupée à l’eau. Ça n’est pas mauvais.

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Alors que l’ABC était loin au début du trek, nous voilà de plus en plus proches. Comme d’habitude, nous partons assez tôt le matin pour éviter la pluie de début d’aprèm. Le temps change rapidement. Alors que nous avons un temps magnifique en début de journée, le ciel se couvre de nuages bien noirs alors que nous arrivons à notre destination du jour. Et il se met à pleuvoir… Au moins on s’en sera mis plein la vue tant qu’on aura pu. Mais surtout on se pose des questions sur ce qu’on va pouvoir voir la haut. Les randonnées où l’arrivée est sensée vous couper le souffle et qui finalement sont tellement embrumées qu’on ne voit pas à trois mètres, c’est rageant. La dernière étape est pour demain et logiquement, d’après notre guide et les prévisions météo, nous devrions avoir du beau temps là-haut, du moins le matin. Nous passons le reste de la journée à jouer aux cartes, écrire nos journaux, lire et discuter avec nos nouvelles rencontres, dont un couple de Chiliens très sympas.

 

Au petit matin, on se motive et on bouge vite, car il ne faudrait pas rater notre coin de ciel bleu. La dernière partie avant l’ABC a été ma préférée. La végétation n’est plus du tout la même et celle-ci m’est plus familière. Notre guide nous conseille de marcher lentement et de bien reprendre notre souffle car nous sommes à un peu moins de 4000m. Pour Tom et moi, c’est une première, nous ne sommes ni l’un ni l’autre montés si haut de notre vie, mais apparemment on s’acclimate bien ! En regardant les gens que nous croisons, on se rend compte de la condition physique de chacun. Alors que certains trottent comme des lapins, d’autres se trainent comme des larves. Sur le chemin, nous recroisons Damien, un Fançais de Saint-Etienne rencontré quelque jours plus tôt. Lui a été plus rapide que nous et a passé la nuit à l’ABC ; il est sur le retour et nous dit que la vue était parfaitement dégagée il y a peu et que c’était absolument magnifique. Nous avons hâte.

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Alors que nous marchons sur une partie enneigée, nous voyons les nuages remonter de la vallée. Merde.

Encore quelques dizaines de minutes de marche et nous y voilà enfin, au camp de base de l’Annapurna ! Juste devant le panneau indiquant l’arrivée, nous retrouvons notre amie Emy la Coréenne, et prenons ensemble la photo de la victoire.

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Après avoir posé nos affaires au camp, nous partons Tom et moi voir les points religieux situés en hauteur. Au milieu des stèles ou tours de pierres que les voyageurs ont construit au fil du temps, nous montons vers le point culminant de cette cuvette. Et là, grosse claque. Bien que les sommets des montagnes aux alentours soient dans les nuages, ce que l’on voit en-dessous est impressionnant. Les distances et les profondeurs sont énormes. On se sent ridicules face à cela. Puis chacun de notre côté, nous irons profiter seul de ces instants. Plus d’une heure à savourer ce calme, ce silence, perturbé de temps à autres par une avalanche ou un glissement de terrain au loin. Cela fait du bien, réellement. Nous sentions que la marche et la nature autour avait un effet positif sur nous et sur nos relations, mais cet état de plénitude à l’ABC en était le paroxysme.

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Puis entre deux nuages, nous voyons apparaître le Machhapuchchhre, l’Annapurna sud, le Gangapurna et enfin l’Annapurna I, énorme, imposant, majestueux. Nous sommes venus pour lui et le voilà qui se découvre enfin. Je ne peux m’empêcher de penser à ces Français qui les premiers ont mis le pied sur son sommet. Eux étaient autrement plus couillus que nous avec nos bâtons de marche et notre crème solaire.

Ce soir-là, le dhal bhat aura un autre goût, un goût d’achevé. Le dhal bhat ? C’était ce que je mangeais midi et soir. Du riz, une soupe de lentille, des épinards, de la viande (ou pas) et des piments. C’est bon et d’après tous les Népalais, ça apporte tout ce dont le corps a besoin en nutriments. Et surtout c’est peu cher et à volonté, et ça c’est top.

 

Réveil aux aurores pour voir le soleil se lever sur ce huitième plus haut sommet du monde. Entre quelques nuages, nous voyons le soleil chauffer la neige des sommets, comme pour illuminer cet endroit presque inaccessible. Un dernier spectacle avant le départ, un au-revoir en bonne et due forme.

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Le moment du retour a sonné, et nous reprenons le chemin en sens inverse. Les passages nous sont désormais un peu familiers et nous retrouvons nos marques de passage. Tranquillement, nous redescendons, non sans douleur, car nos genoux prennent chers…

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Pour notre avant-dernier jour de descente, notre guide nous fait passer par des sources chaudes. A côté d’une rivière déchaînée, des petits bassins ont été construits et nous nous retrouvons à nous prélasser avec des Népalais. Authentique moment de détente et de partage. Ce lieu est d’après ce qu’on a constaté une sorte de bains douches publiques. Des gens de tous âges s’y retrouvent pour se relaxer, discuter, se laver.DSCF0956

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Dernier jour, dernier car en direction de Pokhara, nous retrouvons la civilisation. Et c’est tant mieux, car nous avons un rendez-vous important que nous ne voulons manquer sous aucun prétexte. Ce soir, c’est le match d’ouverture de l’Euro entre la France et la Roumanie, et quel bonheur de savourer une bière dans un bar devant un match.

 

Pour nous, le match est à 0h45, et les bars sont sensé être fermés à cette heure-ci. Mais Pokhara étant très touristique, certains bars sont « à moitié ouverts ». Bénéfice oblige.

Alors que les hymnes vont commencer, Tom et moi, un peu bourrés, nous nous levons la pinte à la main pour entonner la Marseillaise. On y met tout notre cœur en ce moment où le pays nous manque et où nous manquons au pays. L’Euro en France et nous ailleurs quoi merde ! Apparemment, on y a mis trop de cœur, en appelant les citoyens aux armes, le patron du bar nous dit clairement de la fermer, il ne faut pas faire de bruit. Puis des lumières de lampes torches viennent éclairer le rooftop. Les flics, damn ! Comme pour se dédouaner, le patron nous dit d’aller nous expliquer directement avec eux. Depuis le haut de la terrasse, notre « sorry we are French and happy to sing for our country » n’a pas été des plus convaincants. Mais qu’à cela ne tienne, « keep the volume down ! » fut la réponse, et l’incident fut clos. Les Népalais sont relax et ça fait plaisir.

 

Ainsi, s’est terminée notre aventure à l’Annapurna, en se disant qu’on retournera marcher dès qu’on pourra, car on se sent bien, très bien même, et surtout prêts à reprendre la route.

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