Semaines 21-22 : NEPAL / INDE

Départ de Butwal,

Dernier réveil au Népal, aujourd’hui c’est sûr, nous passons en Inde. Comme la plupart des villes dans lesquelles nous sommes passés, les « banlieues » sont interminables et on ne sait jamais vraiment quand lever le pouce (ou plutôt la main en l’occurrence). Après avoir refusé un bon nombre de bus s’arrêtant tous pour nous – oui, nous sommes blancs et avec des sacs à dos, nous sommes donc sensés prendre le bus, mais que nenni mon ami – un camion s’arrête pour nous. L’un des plus vieux et amoché qu’on ait pris ! Dans la cabine, je peux voir la route à travers le plancher troué. Quant au bruit des freins, je préfère ne pas en parler. Le constat est d’autant plus flagrant que le lift d’après sera le camion le plus clean que nous ayons eu la chance de prendre ! Pas de bruit au freinage ni quand le chauffeur passe les vitesses, on se sent en confiance, et ça tombe bien car ce camion népalais, le dernier, va jusqu’à la frontière indienne. Nickel.

 

La frontière Népal-Inde entre Belahiya et Sonauli, c’est quelque chose. Ou plutôt c’est une bande de terre dans laquelle on ne sait pas où l’on se trouve. Après avoir fait tamponner notre sortie du Népal, nous commençons à avancer dans ce no man’s land où se côtoient des piétons, des rickshaws, des camions, des voitures, des vaches, des mendiants, des rabatteurs de tous les côtés, c’est un bordel sans nom. En effet, on dirait bien qu’on arrive en Inde… Alors qu’on évolue dans cette foule hétérogène, un gars nous interpelle au loin pour nous dire que le poste frontière est juste là. Sans lui, cette pauvre cahute n’aurait été pour nous qu’une parmi tant d’autres. Nous rencontrons trois Françaises faisant le chemin inverse, et pendant que nous discutons avec elles et échangeons des conseils, les « douaniers » nous apposent le fameux tampon sur notre visa. Ça y est, l’Inde commence pour de bon, et nous avons hâte de voir ce que ce pays si mystérieux nous réserve.

Frontières Inde

Comme par hasard, des dizaines de gars nous proposent de monter à bord de bus qui vont à telle ou telle destination. Il n’est pas aisé de leur faire comprendre que nous voyageons en stop, et ils finissent par nous dire, s’ils comprennent, que cela n’est absolument pas possible en Inde… On pense surtout qu’ils voulaient se faire du fric avec nous car à peine après nous être un peu éloignés de la frontière, un camion s’arrête pour nous. À bord, deux Indiens qui ont l’air contents de nous prendre à bord de leur camion Tata. Alors que l’aménagement de ces camions est tout le temps le même au Népal, il diffère en Inde. Au lieu d’avoir de la place pour les pieds et d’être en position assise comme au Népal, c’est une énorme banquette qui fait toute la superficie de la cabine en Inde, et on doit s’asseoir en tailleur, après avoir bien évidemment enlevé nos chaussures. Ça va être pratique pour la suite !

 

En trois lifts, nous arrivons à Gorakpur. Nous sommes déposés à l’entrée de la ville et on se rend vite compte qu’on va avoir beaucoup de marche pour arriver jusqu’au centre. C’est pour nous l’occasion de vivre l’Inde pour la première fois. Tout au long de la route, nous sommes submergés de bruits, d’odeurs, de regards. Certains nous font des sourires, d’autres veulent absolument nous faire monter dans leur rickshaw surchargés. Partout, des étals de mangues et de bananes, des stands de tabac, des beignets frits. On nous propose d’acheter tout et n’importe quoi. Non, je ne veux pas faire l’acquisition d’une poule. Oui, ta bassine rose est superbe et sûrement bon marché, mais là, vois-tu je n’en ai pas trop l’utilité… Il y a du monde partout, ça grouille de gens, de vélos, de voitures, de camions, et tout le monde gueule, klaxonne, s’engueule. Nous venons de faire connaissance avec le capharnaüm indien.

Nous rendant compte que notre marche va être vraiment longue, encore 1h30 à ce rythme-là, on se dit que prendre un rickshaw serait peut être une bonne idée. Ça tombe bien, il y en a justement un sur le coté. On lui demande combien ça nous coûterait d’aller dans le centre. Le gars appelle un autre chauffeur, celui-ci rapplique avec deux autres gars. Voyant cela, quatre ou cinq autres gars rappliquent et nous voilà au milieu d’une foule d’Indiens qui veulent savoir ce qu’il se trame. Euuuuuh les gars on veut juste prendre un tuk tuk, c’est tout hein, rien d’exceptionnel. On se rendra compte par la suite que ceci est la norme : l’Indien est curieux, de tout, tout le temps, et est même intrusif.

Au milieu de cette foule, un gars avec un regard fourbe nous annonce finalement un prix : 200 roupies. Nan mais attends, tu nous a pris pour des gros pigeons ou quoi ??? S’il y a bien quelque chose qu’on supporte pas, c’est qu’on nous prenne pour des cons, et on refuse tout net d’engager une négociation avec ce genre de personnes. On sort de ce cercle d’Indiens et on continue de marcher. Quelques minutes plus tard, un rickshaw s’arrête et nous propose la course pour 20 roupies. Et ben voilà, c’est déjà plus honnête !

Rickshaw

Nouveau pays, nouvelles habitudes, et le plus dérangeant, c’est de ne pas savoir dans quelles limites de respect nous pouvons pousser nos négociations. Pour notre première nuit, nous cherchons à ne pas trop dépenser et on a sûrement dû se faire avoir car okay, nous n’avons pas payé bien cher, mais nous avons battu le record de la chambre la plus dégueulasse du voyage. Pour vous donner une idée, on pouvait utiliser simultanément la douche et le chiotte à la turque. Grande classe. Point positif, la petite télé qui fonctionne on ne sait comment diffuse les matchs de l’euro et nous pourrons assister à la rouste prise par l’Angleterre face à l’Islande. Un bon moment J

 

Le stop en Inde

Comme dit précédemment, tout le monde nous a certifié que le stop en Inde ne fonctionnerait pas. Et pourtant. Une fois que l’on arrive à s’extraire des villes, et c’est là le plus difficile, le stop se révèle relativement aisé. On prend même le luxe de n’arrêter que des voitures, forcément plus rapides que les camions. En revanche, le défi majeur du stop en Inde est d’expliquer notre démarche auprès des locaux. Ils ne comprennent pas le concept du stop. Ils s’arrêtent pour nous avancer mais veulent systématiquement nous amener à la station de bus la plus proche. Tous, sans exception. Nous laisser sur le bord de la route leur paraît inconcevable. Un peu comme en Iran, ils veulent prendre le contrôle de la situation et ne nous écoutent pas, ce qui nous énerve quelque peu.

fourgon

La grande différence du stop en Inde par rapport aux autres pays traversés est que nous sommes généralement pris par des personnes plutôt aisées financièrement. Certes, les pauvres n’ont pas de voiture vous me direz, mais les personnes aisées sont plutôt contentes de nous prendre, ce qui était rarement le cas en Europe.

 

Parfois totalement à l’aise, parfois serrés au fond d’un coffre, nous observons la route, et on peut vous dire que la conduite en Inde est aussi bordélique que tout le reste ! Voir un camion rouler à contresens sur l’autoroute, c’est normal. Faire un demi-tour en esquivant des vaches, un classique. Sur certaines portions proches de champs, nous remarquons que les agriculteurs font sécher des grains de maïs sur le bitume, sur ce que nous, Européens, appelons la « bande d’arrêt d’urgence ». Chose inconnue ici. Il y a de la route, c’est pour rouler dessus.

 

Un record que nous battons, c’est celui du nombre de litres d’eau par jour. En stop, dehors sous le cagnard parfois longtemps, il fait chaud, très chaud. Plus de cinq litres chacun, et on transpire par tous les pores de notre peau. Fort heureusement, l’odeur de l’Inde est plus forte que la nôtre…

lebabsansperles

road rest

À partir de Gorakhpur, nous rejoignons Agra en trois jours et non sans peine. La chaleur nous épuise littéralement. Nous voyons sur couchsurfing qu’il y a des profils actifs à Agra et envoyons une demande publique. Nous recevons plusieurs réponses positives de gens prêts à nous accueillir. Ça c’est positif ! Problème, dès que nous demandons l’adresse de nos futurs hôtes, silence radio. Pourquoi ? Nous ne savons toujours pas, mais nous n’avons pas passé de nuit en couchsurfing en Inde. C’est dommage, mais au final nous sommes tellement claqués en fin de journée que pouvoir se poser dans une chambre d’hôtel sans avoir à « socialiser », c’est appréciable.

 

En écrivant cet article, je me rends compte que nous n’avons presque pas de photos de cette partie du voyage. Heureusement, nous avons l’essentiel. La photo du gamin qui tranquillement vient se poser à l’ombre d’une plante pour poser sa pêche. Au calme.

petitpêche

C’est drôle, nous faisons parfois, même souvent face à des gens qui veulent nous la mettre à l’envers. Clairement nous escroquer, de beaucoup et sans scrupules. Cependant, certains Indiens prennent notre défense en rappelant l’escroc à l’ordre. Un jour, on a bien cru qu’un jeune allait en coller une au chauffeur de rickshaw qui voulait nous prendre vingt à trente fois le prix de la course ! Un petit rappel qu’il y a des gens bien et des connards partout.

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Le dernier conducteur avant Agra, un gars super sympa avec une bonne tête (qui dénotait par rapport à l’enculé qui a essayé de nous prendre 10 000 roupies pour le lift précédent) nous dépose devant une guesthouse bon marché, proche du Taj Mahal dont nous avons vu au loin le sommet. Le Taj Mahal, enfin nous y sommes. De tous les monuments qui se trouvent sur notre chemin, le Taj Mahal est clairement un de ceux que nous attendions le plus. Il est de toute beauté. Sans aucun doute le plus beau de tous ceux que nous ayons vus jusqu’à maintenant, bien que certaines mosquées d’Iran fussent époustouflantes. Nous apprendrons durant notre visite que le Taj Mahal a d’ailleurs un rapport avec l’Iran. Ce sont des constructeurs perses, les meilleurs de l’époque, qui l’ont bâti. Et cela se voit. Il y a beaucoup de similitudes d’architecture avec ce que nous avons pu observer dans l’ancienne Perse. Tout est parfaitement symétrique. Encore mieux qu’en Iran, les détails sont extrêmement soignés et les incrustations de pierres semi-précieuses dans le marbre blanc sont parfaites. Oui, on doit le dire, le Taj Mahal vous fout sur le cul.

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Après quelque jours de repos à Agra et avoir passé une nuit dans un hôtel de riches (négocié à 20% du prix !) pour être sûrs de pouvoir regarder le match contre l’Islande (et oui, car les coupures de courant, la connexion du câble qui se coupe, etc. c’est fréquent, et en plein match, c’est inenvisageable…), nous reprenons la route pour New Dehli. Sous les regards interloqués des Indiens qui nous voient marcher en banlieue paumée d’Agra, nous accédons à l’autoroute. Trois jeunes dans un pot de yaourt s’arrêtent et veulent absolument nous prendre. Une petite partie de tetris pour nous insérer avec nos sacs et nous voilà partis ! Lift quasi complet, ils nous déposent aux abords de la ville. Là, après un bon moment d’attente, un jeune architecte nous prend dans sa punto rouge dont il est très fier et nous dépose à une station de métro. Nous y sommes, Dehli, la capitale indienne. La plus grosse ville que nous ayons eu l’occasion de traverser.

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